D-Fuse : Fusion à froid
Organiquement numérique
Les spectacles “live” sont par essence organiques. Ils sont spontanés et se nourrissent d'émotion et de camaraderie créative. Il en est de même pour le VJ, à la seule différence que des outils numériques connus sont utilisés pour ce dernier. Pour lui donner une sensation naturelle, D-Fuse utilise une bibliothèque exhaustive de clips personnalisés. “Bien qu'à la fois organique, notre travail se base principalement sur les graphismes”, indique Mike Faulkner. “Ce qui nous intéresse, ce sont les formes et les textures. Par exemple, nous pouvons filmer un objet, passer rapidement devant en utilisant une vitesse d'obturateur rapide, puis ralentir. Ou encore, nous pouvons filmer des textures ou mouvements de tous les jours, tels qu'un ascenceur, accentuer les niveaux un peu plus puis traiter légèrement les images afin de les optimiser. Les gens le voient. Ils savent que notre film n'est pas généré par ordinateur.”
D-Fuse organise des spectacles “live” depuis près de 10 ans. L'équipe a fait ses premiers pas sur scène à la fin des années 90, grâce à quelques relations établies losqu'elle travaillait dans la conception de pochettes de disque. Depuis, elle vole de ses propres ailes, en mélangeant talent et technologie. Les anciens projecteurs de films 16 mm et diapositives de début de carrière ont laissé place à un mélange de logiciels et matériel à la pointe de la technologie. “Pour nous, cela s'apparente un peu à une pizza”, affirme Mike Faulkner. Nos œuvres se composent de plusieurs ingrédients. “Nous utilisons Modul8 pour mixer nos clips Final Cut en direct sur nos portables Mac, ainsi que des platines Pioneer DVJ1000. Nous créons des modèles DVD de nos clips à l'aide de DVD Studio Pro.”
D-Fuse utilise jusqu'à huit sources vidéo et audio à la fois, en répartissant les images sur plusieurs écrans. L'équipe mixe les flux vidéo en temps réel, en les fusionnant avec des morceaux originaux de Matthias Kispert, musicien et illustrateur sonore chez D-Fuse. Matthias s'occupe de la bande son de tous les projets pour lesquels elle est nécessaire. “Logic est mon principal logiciel de composition et illustration sonore”, déclare-t-il. “Lorsque je suis sur scène, je travaille avec un processeur G5 et un MacBook Pro.” Cet illustrateur sonore utilise Ableton Live lors des représentations, en mélangeant les morceaux créés avec Logic Pro à la volée.
Fusion internationale
Lorsque Matthias Kispert est absent, D-Fuse se produit sur scène avec des DJ, un groupe, voire même un orchestre symphonique. L'Orchestre symphonique de Londres a d'ailleurs récemment fait appel à l'équipe pour créer une chorégraphie vidéo illustrant l'œuvre “The Desert Music” de Steve Reich. “En travaillant en étroite collaboration avec l'orchestre, nous avons élaboré un spectacle tout simplement extraordinaire”, déclare Mike Faulkner.
L'association d'un VJ à un orchestre symphonique représente certes une innovation, mais il s'agit là du seul titre de ce type dans l'œuvre de D-Fuse. En 2006, l'équipe ajoute encore un succès à son palmarès en collaborant avec des artistes de Chine pour créer “Undercurrent”. Le projet s'inscrit dans le cadre d'un programme d'échange artistique international, au cours duquel des photographes, réalisateurs et artistes chinois se rendent dans trois villes de Grande-Bretagne (Londres, Liverpool et Sunderland) et D-Fuse, dans trois métropoles de Chine (Chongqing, Guangzhou et Shanghai).
“Nous avons créé toute une sélection d'enregistrements sur place, de l'audio, de la vidéo et de la photo directement tirées de ces villes”, précise Keri Elmsly. “Nous avons demandé à tous les artistes de réinterpréter ce matériau sous l'angle de l'évolution économique et sociale, afin d'examiner la relation que nous entretenons avec l'espace urbain qui nous entoure.”
Pour réaliser leurs travaux d'interprétation, les artistes de ces deux pays situés aux antipodes l'un de l'autre utilisent des ordinateurs Mac. Après plusieurs sessions de collaboration et transferts de fichiers interplanétaires à travers des câbles en fibre optique de plus d'un million de kilomètres, ainsi que de redoutables pare-feux chinois, “Undercurrent” voit le jour. “Cela n'a pas été une mince affaire”, explique Keri Elmsly. “Il nous est souvent arrivé d'envoyer des disques par la poste sans que nos collaborateurs ne reçoivent rien. Nous avons également essayé d'effectuer des envois par Internet, que les pare-feux chinois bloquaient.”
Malgré tout cela, le jeu en valait la chandelle. D-Fuse et les autres artistes qui ont contribué au projet ont mis sur pied une œuvre multimédia impressionnante qui vivra longtemps dans les galeries, sur le Web et sur papier. “L'œuvre recouvre de nombreux formats, donc nous avons créé une installation, un spectacle et des imprimés”, affirme Keri Elmsly. Le projet a été exposé à la galerie Lighthouse de Brighton, en Grande-Bretagne. “Ce projet témoigne de notre désir de travailler sur différentes plates-formes. Plusieurs écrans avec son surround et une galerie photos étaient exposés. Un livre sera également disponible ultérieurement.”
D-Fuse s'est toujours orienté vers des collaborations artistiques. Le studio travaille souvent avec des artistes et des musiciens du monde entier. Avec “Undercurrent”, une nouvelle étape a cependant été franchie. “Ces artistes ne se sont pas contentés d'apporter leur vision au projet. Ils ont également remis en question notre conception et notre perception de l'espace”, précise Keri Elmsly. L'équipe espère travailler avec d'autres artistes internationaux à l'avenir, afin de mélanger encore plus art et spectacles “live”.