Junkie XL: accro au numérique
Today
Le studio actuel d'Holkenborg, situé à un jet de pierre de Venice Beach à Los Angeles, compte une dizaine de Power Mac G5, parmi lesquels certains ne sont utilisés que pour l'intégration de la production audio avec Pro Tools et d'autres pour le séquenceur MIDI avec Logic Pro. "De cette façon, j'utilise les deux logiciels de façon optimale, je dispose ainsi d'un système extrêmement performant", ajoute Holkenborg. "Je joue toute la partie audio sur un ordinateur, ainsi je peux utiliser Logic comme je le souhaite, exactement pour ce que je veux faire, c'est ça MIDI ! Les possibilités midi de Logic sont, à mon sens, nettement supérieures à celles de tout autre programme".
Holkenborg dispose également d'un très grand nombre de samples créés avec l'ESX24 qu'il peut charger dans Logic Pro. "Tous les samples que j'ai faits dans ma vie sont créés en EXS24. Là, il faut résonner en termes de plusieurs téraoctets !", poursuit-il. "Lorsque je fais de la musique électronique, je commence souvent avec quelques sons que j'ai fabriqués au fils des années. Je les mets ensuite ensemble dans une boucle, puis je commence à les arranger."
Mais pour l'album "Today", Holkenborg a opté pour une toute autre stratégie. Au lieu d'expérimenter des samples et des boucles, il a pris sa guitare. "Je voulais en quelque sorte faire tout simplement de la musique pendant trois mois et voir ce que ça donnerait", précise-t-il. Et cela a donné un album dans lequel les mélodies à la guitare prédominent sur un fond électronique. Pour le chant, il s'est adressé à Nathan Mader. Cet album est, jusqu'à présent, le plus personnel de Junkie XL. Les morceaux ne sont pas de simples titres dansants, mais plutôt une sorte de réflexion sur la vie de Holkenborg. "Musicalement parlant, j'ai beaucoup voyagé et j'ai vu beaucoup d'endroits dans le monde et c'est un peu comme si j'avais mis dans une valise toutes les expériences que j'ai pu accumuler", raconte Holkenborg. "En écrivant "Today", j'ai ouvert cette valise et j'ai utilisé tout ce que j'y avais mis depuis des années."
Musique de film
Lorsque Holkenborg collabore à un film, ce sont d'autres défis et limites auxquels il est confronté en matière de création. Il doit interpréter des scènes, composer des musiques pour des personnages bien précis en situation, et, le plus important de tout, il doit proposer quelque chose dans lequel le metteur en scène et les producteurs pourront se retrouver. Le résultat final n'est plus seulement un projet de Junkie-XL, mais une création adaptée sur mesure pour le film.
Sa dernière contribution à un film s'intitule "Dead or Alive" et se base sur un jeu vidéo. "C'est comme si les Drôles de Dames rencontraient James Bond", poursuit Holkenborg. "Le gros défi à relever était que, pour ce projet, les producteurs ne voulaient pas de musique typiquement hollywoodienne. Ils voyaient plus quelque chose comme les mélodies classiques des années 60 de John Barry et même de Lalo Schifrin, qui a composé la musique de "Mission Impossible".
Pour Holkenborg, cela représentait une opportunité extraordinaire et il a réalisé un mélange de mélodies orchestrales et de beats électroniques funky. "Et on voit tout de suite où se situe la difficulté", explique Holkenborg. "Le producteur n'était de toute évidence pas à la recherche de musique électronique dans laquelle on avait rajouté par-dessus une musique d'orchestre. Il recherchait plutôt quelque chose d'entièrement construit à partir de différentes couches et de sons différents. Il s'agissait donc, dans une large mesure, de musique électronique expérimentale, mais associée à des mélodies et une musique orchestrale classiques. En fait, nous avons ici tout le spectre musical des violons ainsi que les sons électroniques complètement transformés que j'ai créés dans Logic.
Holkenborg a relié six ordinateurs à son Power Mac G5 central, et chacun d'entre eux est rempli de samples orchestraux (flûte, accords au violon et même des mélodies à la harpe). "Je fais toute la programmation et les arrangements dans Logic", explique-t-il. "La réalisation d'une musique de film est bien plus complexe que l'on pense. Il faut vraiment beaucoup d'ordinateurs et une quantité inouïe de samples. MIDI doit aussi fonctionner à partir de l'ordinateur central."
Il travaille aussi avec le système TDM de Digidesign via Logic Pro. Toute l'opération est envoyée via MIDI-controle, ce qui fait que Holkenborg peut facilement disposer d'un orchestre virtuel complet. "Logic peut lui-même se connecter avec chaque ordinateur de la chaîne pendant que je peux continuer à travailler sur l'ordinateur Logic", explique-t-il. "Je n'ai rien d 'autre à faire. Je peux me mettre directement au travail et tous les ordinateurs reliés, sur lesquels se trouvent, par exemple, les images d'un film, travaillent ensemble sans problème. C'est un magnifique système, très fiable."
La nouvelle radio
Holkenborg reconnaît que les jeux vidéos représentent un média important – et communicatif – pour la musique électronique. Pour les producteurs de musique électronique, il s'agit d'un beau défi personnel à relever. Les jeux vidéos actuels sont en effet très exigeants au point de vue des images et de la musique. "Parfois, le metteur en scène veut que le jeu soit une sorte de film en miniature, parfois il veut faire quelque chose de totalement différent", explique Holkenborg. "Par exemple, parfois il préfèrera un flux sonore interrompu du début à la fin ou plutôt une série de sons étranges qui donneront une sensation vraiment bizarre." "C'est un travail qui peut se révéler très expérimental", poursuit-il. "Parfois, je fais plusieurs couches sonores pour un son surround qui sont jouées selon le nombre de joueurs qui participent au jeu. C'est une technologie extrêmement intéressante et elle n'en n'est qu'à ses tout débuts."
En général, Holkenborg ne dispose pas de beaucoup de temps pour ce genre de projet. "En fait, vous vous reposez simplement sur la collection de sons que vous vous êtes constituée au fil des ans", explique-t-il. "Vous n'avez, en effet, pas de temps à perdre pour travailler sur de nouveaux sons jusqu'à ce que vous soyez totalement satisfait. Dans la plupart des cas, le projet devait être prêt pour hier !"
Pour gagner du temps, Holkenborg fait ses propres modèles dans Logic Pro. "Vous pouvez en grande partie aménager le programme comme vous voulez", explique-t-il. "Il n'y a pas de cadre dans lequel vous devez travailler. Vous pouvez installer vos propres canaux et votre propre mixer (et vous pouvez tout préparer comme vous voulez). C'est pour les parties orchestrales que c'est vraiment avantageux. Je peux mémoriser des combinaisons d'instruments, des MIDI-routings et des plug-ins comme des modèles. Une prochaine fois, lorsque je devrai faire une scène semblable, je n'aurai qu'à ouvrir un modèle et j'aurai tous les instruments à portée de main ! Lorsque vous travaillez sur ce genre de projet, tout est basé sur la rapidité. Et c'est là que les modèles sont extrêmement précieux !"
Un regard vers l'avenir
Aujourd'hui, on peut dire que Holkenborg est toujours un "junkie musical", accro, de la plus belle façon qui soit, à sa passion. Il assure quelque 60 représentations par an dans des discothèques du monde entier. Il s'est promis de consacrer davantage de temps à sa participation aux films, publicités et jeux vidéos. Il continuera à travailler sur sa propre musique et à sortir, de temps en temps, de nouveaux singles et remixes. "Cela ne me dérange pas de travailler 18 heures par jour", explique-t-il avec enthousiasme. "J'ai des horaires stricts : je commence à cinq heures du matin et je travaille généralement jusqu'à une heure ou huit, neuf ou dix heures du soir. De cette façon, je garde une vie sociale."
