Orthevielle : L'école du futur est dans le Sud-Ouest
B2i : les yeux fermés
Annie Girard s’approche de la table de deux CM2 qui ont démarré Dr Géo, une application de géométrie. « Annie, qu’est-ce qu’il faut faire maintenant ? », s’enhardit un garçon. « Identifier le point U et trouver la figure géométrique », répond la maîtresse. « Je sais : le point U est là, à l’intersection de RS et de CS. J’ai trouvé, la figure est un rectangle ». Dans un coin, deux filles se sont connectées à Internet : elles parcourent le site de l’académie de Grenoble, où un défi bimensuel leur est destiné. En ce début d’année 2006, c’est le troisième de l’année scolaire et il porte sur les contes et légendes du monde. « Le principe est simple » explique Annie Girard : « Le CRDP de Grenoble prépare des questions sur une thématique, et les élèves doivent suivre les consignes et naviguer sur Internet pour pouvoir répondre aux questions. » Ce défi met en concurrence plusieurs centaines d’écoles à travers le monde et plusieurs milliers d’élèves. Il permet de faire utiliser aux élèves de manière autonome et raisonnée les TICE. C’est en fait le fameux référentiel de compétence B2i que les élèves suivent sans s’en rendre compte. Mais leur parcours est balisé : qu’ils utilisent les liens proposés par le CRDP de Grenoble ou ceux de leurs recherches dans Google, les élèves sont arrêtés quand ils accèdent à un site non contrôlé par Annie Girard. Une fenêtre de contrôle apparaît systématiquement si la maîtresse ne leur a pas déjà donné l’autorisation d’y accéder. « Les enfants tapent le nom du compte administrateur et je n’ai plus qu’à venir taper mon mot de passe pour les autoriser à pénétrer sur le site qu’ils doivent visiter. » Impossible donc qu’ils puissent accéder à d’autres contenus.
Le bon outil au bon moment
Au fond de la classe quelques élèves préparent un dossier sur Alexandre le Grand. Ils sont particulièrement motivés : l’utilisation de l’ordinateur et d’Internet leur donne des ailes. Sur une table, trois écoliers copient un texte sur la vie du Macédonien, trouvé sur un site de l’académie de Versailles. Une rangée plus loin, Maxime est en train de synthétiser l’article d’un magazine spécialisé récupéré dans la bibliothèque de la classe. Annie jette un œil par-dessus les épaules. « Parfois l’ordinateur n’est pas le bon outil, » jette-t-elle à la cantonade. « Internet n’est pas la seule source d’information. On faisait des exposés avant qu’Internet n’existe. »
Romain, l’un des trois élèves penchés sur l’iBook a l’œil qui pétille ; il coupe le souffle à ses deux camarades en leur glissant : « il ne faut pas copier les informations trouvées sur Internet, il faut les raconter avec nos propres mots. » Les deux autres le regardent incrédules : ils ont déjà recopié près de deux pages de texte et le site en compte apparemment dix fois plus. « C’est aussi ça l’apprentissage de ce genre d’outil » explique Annie Girard. « Il faut apprendre à chercher, à être le plus efficace possible. Et Internet n’est pas toujours la solution adéquate. » Dépités, les enfants comprennent qu’ils vont devoir changer de méthode.
Une motivation communicative
« L’utilisation de la Classe Internet Mobile sans Fil a permis aux élèves d’accéder à plus d’autonomie, et a renforcé leur travail collaboratif, » confie Annie Girard. « Ils sont amenés à travailler ensemble, même avec des camarades vers lesquels ils ne seraient pas allés. Les résultats sur les élèves les plus timides sont très encourageants : ils ne sont plus renfermés sur eux-mêmes et prennent peu à peu confiance en eux. La classe Internet mobile favorise la déstructuration des cours et apporte beaucoup de souplesse. » Mais pas seulement : grâce à l’informatique, le projet pédagogique de l’école qui porte sur le thème de l’enfant citoyen a pris un nouveau sens. Les projets lancés dans l’école prennent immédiatement des dimensions surprenantes, secondés notamment par les outils vidéo. Déjà six DVD ont été réalisés par l’école, qui survolent les thématiques abordées dans le cadre du projet pédagogique. Mieux : à l’occasion du Festival scolaire des Arts Visuels de Contis, les élèves d’Orthevielle se sont fait remarquer en exposant leurs réalisations notamment grâce à la Classe Internet Mobile sans Fil qu’ils avaient emmenée avec eux. Les enseignants des écoles avoisinantes commencent à comprendre qu’à Orthevielle l’informatique et Internet ne sont pas des gadgets. « Nous commençons à voir des collègues se jeter à l’eau, » confirme Annie Girard. « Une maîtresse voulait faire de la vidéo. À partir de nos réalisations et en montrant la facilité d’utilisation d’iMovie, d’iDVD et d’iPhoto, il a été très facile de lui montrer qu’il lui fallait investir dans un Mac mini. » À Orthevielle, les élèves ont largement dépassé le stade des choix informatiques. Prochain projet : enregistrer les cours pour les diffuser sur Internet et les réécouter sur des iPod.


