L'avantage décisif qu'apporte Final Cut Pro, c'est sa capacité à mêler facilement les formats de données et de compressions.

Coppola/Murch : une seconde jeunesse

Pendant le montage, réalisé à San Francisco, avec l'aide du monteur associé Sean Cullen et de l'assistant au montage et spécialiste des effets visuels Kevin Bailey, Walter Murch et Francis Coppola ont épuré au maximum le film, pour essayer d'en faire ressortir l'intrigue essentielle et les principaux éléments narratifs qui, au départ, avaient attiré Coppola vers cette histoire, tout en testant "le nombre de sauts métaphysiques qu'on pouvait opérer sans risquer de perdre le public". Le processus de montage a duré six mois, dont deux effectués en Roumanie avec Coppola avant le bouclage du film.

Pour avancer avec efficacité dans le montage, vu le flux de production DV dont il avait hérité, Walter Murch est d'abord resté en résolution DV. Et puis, alors qu'il approchait du montage final, il est passé à une version compressée en résolution HD 1080p. Enfin, Sean Cullen et Kevin Bailey ont créé la copie online au format 1080p 24 non compressé sur leur propre installation, avec cinq Mac exécutant Final Cut Pro via Xsan. La version online finale a ensuite été envoyée à Laser Pacific pour l'étalonnage couleur.

"Travailler au format 1080p 24 compressé nous a finalement permis d'avoir une représentation incroyablement fidèle de ce que nous faisions, estime Sean Cullen, car cette version était pratiquement indiscernable de la version online et elle offrait, en plus, une grande flexibilité pour se déplacer dans la timeline, mais aussi pour boucler et charger des éléments. Walter était très satisfait de la qualité de l'image du montage en vidéo."

Selon Cullen, "l'avantage décisif qu'apporte Final Cut Pro, c'est sa capacité à mêler facilement les formats de données et de compressions. Je crois que ce qui a vraiment bien fonctionné pour nous, et ce qui a fait de Final Cut l'outil de choix, c'est que nous avons pu utiliser intelligemment les ressources dont nous disposions sans être entravés par les restrictions arbitraires liées aux formats de données."

Dans la droite lignée des conditions de tournage du film, la stratégie de création des effets visuels a été décidée sur le vif. Walter Murch qualifie Francis Coppola de "réalisateur orienté processus", qui sollicite les contributions extérieures et prend ses décisions au gré des événements, contrairement aux "réalisateurs orientés résultats" qui créent un story-board de chaque plan, dans le moindre de ses détails.

"L'une des choses qui est apparue, c'est que, dans le scénario, les séquences de rêves étaient décrites entre parenthèses comme de teinte "violette". En fait, ce n'était qu'un raccourci employé par Francis pour indiquer que ces rêves devaient se distinguer de la réalité ordinaire, explique Walter Murch. Un jour, pendant le tournage, Francis a regardé l'un des moniteurs et s'est écrié : "tournons ce plan à l'envers". Comme c'était du numérique, il n'a pas été nécessaire de retourner physiquement la caméra : il suffisait d'inverser les images de façon électronique. C'est évidemment une chose que je peux faire dans Final Cut. Et que j'ai souvent faite."

Le spécialiste des effets visuels Kevin Bailey a pu créer 60 des 180 effets du film sur la suite de montage de San Francisco, en visualisant un aperçu dans Final Cut Pro et en effectuant la mise en œuvre finale dans Shake. "C'est UPP (United Production Partners), à Prague, qui a réalisé tous les types d'effets 3D complexes dont nous avions besoin, précise Walter Murch. Dès qu'il fallait ajouter de la neige, par exemple. Ou pour la création de l'avion survolant l'Himalaya. Des choses de ce genre. Le travail relativement simple, mais essentiel, a été effectué par Kevin dans nos propres installations." À l'aide de Shake, Kevin Bailey a pu gommer de façon numérique les intrusions inopportunes du XXIe siècle dans certains plans et multiplier les extras par le biais du compositing.

Sean Cullen note que l'intégration parfaite entre Final Cut Pro et Shake a été un atout déterminant, qui a permis de mener des expérimentations essentielles. "Kevin pouvait, par exemple, prendre la séquence que Walter venait de monter dans Final Cut Pro, l'ouvrir dans Shake en conservant l'étalonnage couleur, créer l'effet, en effectuer le rendu, replacer la séquence sur le serveur Xsan et rendre le tout à Walter en moins d'une heure. La possibilité de créer des effets visuels très complets dans la pièce d'à côté, pendant que s'effectuait le travail de montage, nous a permis d'expérimenter sur le plan artistique, tant il était simple de réaliser et de modifier les effets."

Walter Murch a également utilisé Final Cut Pro pour travailler le son avant de confier au designer sonore Pete Horner des fichiers Final Cut Pro dotés de 24 pistes audio. "Waltech intervient toujours énormément sur le son, explique Sean Cullen. Alors, nous lui avons remis un premier montage sonore complet, d'une qualité vraiment élevée."

En fin de compte, l'utilisation de Final Cut Pro a constitué un avantage très significatif pour Walter Murch et son équipe, car elle leur a permis d'avoir une excellente vision du "pipeline" de post-production.

"Dans les dernières étapes du montage, nous travaillions dans la résolution finale du film, explique Walter Murch. Si bien que la version finale du film, en dehors des aspects de correction de la couleur, est vraiment sortie de nos salles de montage sur Final Cut Pro. Dans ce cas précis, le "final cut" venait littéralement de Final Cut."

 
 


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