Vincent Munier

Vincent Munier : des images pour défendre la diversité

« Voilà ce que je veux montrer au travers de mes images », murmure Vincent Munier, un jeune trentenaire, installé dans la douceur de son bureau vosgien, le visage pétillant de souvenirs vivaces. Face à lui, une image extraordinaire : semblant sortir d’un terrible blizzard, deux animaux préhistoriques couverts d’un manteau de poils bruns et d’une épaisse paire de cornes affrontent la neige et la glace autant que la morsure d’un froid polaire. Des bœufs musqués, pris dans une tempête à quelques encablures du cercle arctique. « Je veux mettre en avant ces animaux. Ce jour où j’ai réalisé cette série de photos, le vent soufflait à 52 mètres par seconde, près de 190 kilomètres à l’heure. Je n’arrivais pas à tenir debout ; et même couché, les rafales m’emportaient. C’est assez angoissant quand on s’y trouve. Ces gros mammifères, eux, vivent durant les quatre mois d’hiver dans ces conditions incroyables. Et ils arrivent à y survivre en ne mangeant que des lichens. Je voulais donc photographier ces bovidés dans leur environnement, lors de ces conditions extrêmes. Me mettre dans la peau de l’animal, pour essayer de ressentir tout cela et de témoigner de ces conditions de vie par l’intermédiaire de mes images. »

 La signature du jeune homme déclenchera immédiatement la considération des connaisseurs. Pour les autres, rappelons rapidement que Vincent Munier est photographe du vivant, spécialisé dans la nature et l’environnement. C’est un passionné, toujours à la recherche du bout du monde, des natures vierges, qui n’ont pas encore été bafouées par l’homme. Même s’il sait aussi capter la relation – voire la symbiose – de l’homme avec les milieux préservés, il est dans son élément quand son acteur principal est un animal, une plante ou un paysage.
Son lieu de travail, ce sont les forêts primaires, à « haute naturalité » ; pas les forêts de productivité, où les arbres sont alignés comme des boîtes de petits pois au supermarché. Non ; Celles un peu folles, où l’on peut se sentir bien, seul parmi les mousses et les lichens, mais où les bruits qu’on y entend vous font espérer croiser des elfes, des lutins et des farfadets. Celles surtout où l’on peut tomber nez à nez avec Isengrin le loup, Grimbert le blaireau ou l’ours Brun du Roman de Renard. Les photos de Vincent Munier peuvent tout autant témoigner d’une vie mystérieuse à l’heure d’une urbanisation galopante, qu’illustrer la proximité et le lien vital de l’homme avec l’animal. Il est sans conteste l’un des photographes animaliers les plus respectés de sa génération et décroche régulièrement les prix internationaux, comme ceux qui l’ont projeté au-devant de la scène et qu’il a rapporté plusieurs fois dans ses Vosges natales, le « BBC Wildlife Photographer of the Year ».

Pour réaliser les superbes photos parues dans les plus grands magazines internationaux (il collabore avec National Geographic, Terre Sauvage, ou Animan), qui illustrent ses livres, ou qui ornent les expositions auxquelles il participe, Vincent Munier a quelques secrets.
C’est d’abord un amoureux fou du vivant, qu’il respecte plus que tout au monde, et dont il ne part à la rencontre qu’après s’être assuré qu’il ne va pas le troubler. « Le grand Tétras des Vosges est en train de disparaître », explique-t-il, pour illustrer ce propos. « S’il s’éteint, c’est un véritable symbole de ces montagnes qui sera détruit. Il s’agit d’un gros oiseau très fragile, surtout en plein hiver où il n’a presque rien à manger. Le moindre dérangement, comme un passage en raquettes à côté de son habitat, va le pousser à réaliser une grosse dépense d’énergie pour se cacher. Il peut alors mourir, après avoir été importuné deux ou trois fois seulement. »

L’un des secrets de Vincent consiste donc à s’effacer, mais aussi à faire disparaître l’image pour mettre en avant les espèces ; notamment les espèces en voie de disparition. Il parcourt le monde pour témoigner en leur faveur : dans les Vosges donc, mais aussi plus loin en Alaska, au Canada, en Éthiopie, au Japon, en Finlande, en Norvège, en Russie ou dans l’état du Nouveau-Mexique, aux États-Unis.

Vincent Munier

Dans son attirail de chasseur d’images, Vincent Munier dispose aussi de quelques « trucs » techniques, pour parvenir à ses fins. Sur le terrain, il part avec un matériel conséquent. Parmi les qualités indispensables qu’il exige, la rapidité et l’autonomie prennent une place prépondérante. L’autonomie pour Vincent, c’est être capable de se fondre jusqu’à trois semaines et parfois plus, tout seul dans la forêt. Certains jours, il réalise plus de 30 Go d’images RAW. Entre ses mains et sous l’effet des intempéries, ses boîtiers Nikon durent moins de deux ans. Quant aux solutions Apple qu’il emporte avec lui, il leur fait vivre un stress épouvantable.

 

"Sur le terrain, l’utilisation combinée du MacBook Pro et d’Aperture permet une vérification plus sérieuse que sur le petit écran d’un boîtier d’appareil photo"

 

« J’emmène toujours mon MacBook Pro avec quelques batteries. C’est suffisant, si j’y prends garde, pour travailler pendant deux à trois semaines sans avoir besoin de trouver une prise électrique. De ce point de vue, le MacBook Pro est une bête de somme : j’ai passé des nuits à – 40 ou – 45 °C, l’hiver dernier au Kamtchatka chez les Evens (ethnie vivant au cœur de la toundra sibérienne), sans que la machine ne défaille. Sous l’effet du froid, l’écran perd de sa lisibilité, mais j’ai toujours pu travailler sous Aperture pour réaliser un premier editing ou pour montrer des images à mes hôtes. »

Pour l’anecdote, Vincent a été chargé d’utiliser les capacités de la loupe incluse dans le logiciel afin de compter les têtes du troupeau de rennes appartenant au clan qui l’accueillait. La tribu avait en effet perdu, à l’occasion d’une tempête, une quarantaine de bêtes sur les 2 000 que compte sa harde. Après avoir pris des photos du troupeau du haut d’une montagne voisine, Vincent a détourné les capacités d’Aperture pour lui permettre d’accomplir la mission. Un passe-temps comme un autre qui lui a valu le respect de ses interlocuteurs et quelques nuits de rires et d’échanges au coin du feu.

 

 
 


* contenu en anglais

 
 
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